Solar Voyager, Reykjavik

Solar Voyager, Reykjavik

J1: Notre séjour en Islande commençait sous de sombres auspices…à l’agence de location on me prévenait de suite: avis de tempête pour le lendemain, prudence sur les routes, et faites très attention en ouvrant les portières, surtout !  (il arrive souvent en Islande que celles-ci soient tout simplement arrachées par la force du vent… bienvenue dans le Nord). Nous avons commencé notre visite, étant donné le temps peu engageant, par une visite du Blue Lagoon, attraction touristique majeure, autrement dit bon piège à touristes,  mais qui, du point de vue du photographe, peut mériter tout de même le détour. Quelques photos de rochers entourés par l’eau du lagon – d’un incroyable bleu céruléen – plus tard, nous étions à Reykjavik, en train de photographier le fameux Solar Voyager (Drakkar solaire) sous un ciel couchant subitement teinté de rose. 

Après une escale nécessaire au « Café Paris », très bon resto du centre qui permet une acclimatation en douceur, nous avons pu encore réaliser d’autres photos, assez spectaculaires, de la grande cathédrale de Reykjavik. Des images à l’atmosphère particulière, sous la brume et la pluie, sous une coupole de nuages bas, éclairés en rouge par les lumières de la ville.

Hallgrimskirkja, Reykjavik

Hallgrimskirkja, Reykjavik

J2: Le jour suivant devait confirmer les prévisions du service météo islandais, rarement pris en défaut je dois dire (ma semaine précédente dans l’intérieur – Landmannalaugar – avait confirmé les prévisions, très changeantes, au jour près). Vents de près de 90 km/h avec des rafales plus puissantes par moments, chutes de neige et grésil, températures avoisinant 0 ° C. Un temps, assez paradoxalement, à mettre des photographes dehors, dès que le vent se calme un peu !

Philippe dans ses oeuvres, voyage photo islande 2012

Philippe dans ses oeuvres, voyage photo islande 2012

J’ai en effet remarqué que ce type de temps est à même de produire les plus belles réussites photographiques qui soient, pourvu qu’il ne dure pas trop (ce qui fut ici le cas). Un ciel bouleversé en fin de perturbation est parmi ce qu’il y a de meilleur en paysage. Il se produit souvent alors de grandes trouées qui laissent passer une lumière parfois tout simplement…divine !

Il suffit d’être prêt, suffisamment motivé (Arthur, Marc, Philippe et Laurence l’étaient pour sûr) et correctement équipé (protégé) pour en profiter.

La première matinée à Thingvellir (premier parc national islandais), passée sous le grésil et un ciel couvert ne nous a pas permis d’explorer toutes les facettes de ce parc qui est à son summum en automne, mais en soirée, comme prévu, le ciel s’est déchiré près de Gulfoss et surtout sur le site de Geysir.

 

Geysir, nuages lenticulaires

Geysir, nuages lenticulaires

Assister à l’éruption d’un geyser sur fond de nuages lenticulaires illuminés par le soleil couchant est un spectacle rare. A cette satisfaction nous pouvions ajouter celle d’avoir dans cette région échappé au pire de la tempête. Tout au nord de l’Islande, la neige tombée en abondance enterrait, au même moment, maints troupeaux de moutons sous plus d’un mètre de neige…une situation très exceptionnelle en septembre, mais il semble que cette année mes voyages photo aient été placés, avec des fortunes variables évidemment – mais pour le meilleur plutôt que pour le pire -,  sous le signe de l’exception climatique… Vague de froid en Bulgarie, sécheresse en Ecosse, été très ensoleillé, puis hiver précoce en Islande… (L’Ecosse et la Toscane en Octobre se sont révélées comparativement plus classiques)

Marc

Marc

J3: Mais le lendemain devait nous réserver de plus belles surprises encore. A la demande générale, j’avais modifié mon programme pour inclure une journée dans le Landmannalaugar, région de massifs rhyolitiques bien connue, dans laquelle j’avais encore passé la semaine précédente à randonner. J’avais pu y photographier quelques aurores boréales, plusieurs arcs en ciel, et les premières neiges d’automne (sur les sommets).

Cette fois la neige était arrivée au niveau du sol, produisant des paysages hivernaux en plein mois de septembre. Une occasion unique de photos non seulement très belles, mais originales et rares (ce secteur étant globalement inaccessible en hiver). Le moment un peu sportif de la journée fut notre pique-nique, pris sous un abri sommaire de planches au camping de Landmannalaugar, sous un vent tournoyant qui ne nous laissa pas de répit. Mais une petite randonnée dans le magnifique champ de laves et d’obsidiennes (verre volcanique) juste au-dessus, sous un soleil revenu, nous réchauffa rapidement.

Approches du Landmannalaugar, Islande

Approches du Landmannalaugar, Islande

Les pistes un peu défoncées en cette fin de saison, la montée de l’eau dans les gués suite aux récentes précipitations, entraînèrent un retour assez tardif à la civilisation (Vik), peu avant minuit, et exceptionnellement un autre pique-nique, dans l’hôtel lui-même cette fois, mais sans entamer l’excellente humeur générale.

Landmannalaugar sous la neige, Septembre 2012

Landmannalaugar sous la neige, Septembre 2012

Marc dans le Landmannalaugar

Marc dans le Landmannalaugar

 

Arthur, ton sur ton, Landmannalaugar, Islande

Arthur, ton sur ton, Landmannalaugar, Islande

J4: A Vik, pointe sud de l’Islande, notre objectif était de photographier les longues plages de sable noir, classées dans le « top ten » des plus belles plages mondiales, au soleil levant. Je connais exactement les meilleurs endroits pour ce faire, pour y avoir réalisé déjà plusieurs photos en moyen (6×7 cm) et grand format (6x 17 cm) les années précédentes. Le problème est d’avoir un soleil levant, chose pas garantie dans cet endroit qui n’est pas réputé offrir le meilleur temps d’Islande (en Islande le Sud est assez nettement plus sujet aux perturbations atlantiques que le nord). Chanceux, nous avons non seulement obtenu du soleil levant, mais aussi, un peu plus tard, un ciel nuageux avec des trouées du plus bel effet, qui nous permis d’élargir les cadrages en incluant plus de ciel.

Les Reynisdrangar, Vik, au soleil levant

Les Reynisdrangar, Vik, au soleil levant

L’après-midi de ce troisième jour fut moins productive, avec un temps généralement  couvert sur le parc national de Skaftafell, qui ne nous permit pas de visiter Svartifoss, la perle du parc national, superbe cascade sertie dans son écrin de colonnes basaltiques. Nous nous sommes consolés avec des vues du puissant glacier Svinafellsjokull, de type alpin (à forte pente), et de son lagon glaciaire, plus accessible.

Icebergs sur le lac glaciaire de Jokulsarlon, Islande

Icebergs sur le lac glaciaire de Jokulsarlon, Islande

J5: Le 5eme jour fut celui de la rencontre avec les icebergs de Jokulsarlon, un moment attendu par tous les participants. Le temps pluvieux en matinée nous permit de faire une petite pause en photographie de terrain et de passer quelques heures au chaud dans notre guesthouse de standing (les réservations Akaoka étaient encore une fois au-dessus de nos espérances). Echanges de photographes passionnés autour d’un très beau livre de voyage sur l’Ecosse que Laurence et Philippe ont produit à partir d’un voyage réalisé ensemble sur place en 2010, et de photos apportées  par les uns et les autres. Ce fut aussi l’occasion de revenir plus en détail sur certaines techniques avancées de terrain comme la mesure spot et le “zone system” d’Ansel Adams appliqué à la photo numérique (tous les participants au stage ayant un bon ou très bon niveau technique). Ces temps de respiration et d’échanges sont absolument nécessaires, hélas pas toujours faciles à placer dans un stage quand la météo est favorable, ou, à défaut d’être favorable, au moins prometteuse !!

A Jokulsarlon, le choc visuel est toujours présent, quel que soit le temps. Une lumière rasante de début et de fin de journée produira toujours les meilleurs résultats, mais le site est si impressionnant qu’il est difficile de ne pas realiser de bonnes images ici. Spécialement ce jour, car nous étions à la fête: le glacier Breidarmerkurjokull (celui qui le prononce sans erreur du 1er coup à l’islandaise a gagné le prochain voyage…) venait de vêler, fort obligeamment, une portée d’icebergs de fort calibre et de formes diverses, tout spécialement pour notre arrivée. Après des photos de ces géants dans la lagune elle-même, il a suffi d’attendre que la marée s’inverse pour aller compléter notre collection d’images sur la plage de sable noir à peu de distance, avec les photos des petits frères ! Icebergs de petit calibre et blocs de glace aux formes étranges, certains transparents comme le cristal, d’autres veinés de bleu (glace compressée).

Icebergs, plage de Jokulsarlon, Islande

Icebergs, plage de Jokulsarlon, Islande

Nous avons alors pratiqué des poses lentes avec trépied dans l’eau, selon un technique mise au point précédemment ensemble. Il s’agit de se trouver dans le flux des vagues pour introduire du dynamisme dans l’image, mais d’éviter si possible de se mouiller les pieds. Le trépied reste en place tandis que le photographe fait retraite devant le flot et photographie avec une télécommande filaire ou à distance. Un exercice qui demande un bon timing et une bonne appréciation de la force des vagues. A cette difficulté s’en ajoute une autre, celle de déterminer la bonne exposition dans une situation très trompeuse pour toute mesure automatique de lumière (blocs de glace très clairs sur sable noir, avec mouvements d’écume blanche dans le cadre entraînant des variations fortes d’exposition). Dans une situation telle que celle-ci, l’emploi d’une mesure spot bien réfléchie (grâce au zone system), permet un bon calage d’exposition en manuel,  qui peut libérer toute l’attention du photographe sur le cadrage créatif, pour de meilleurs résultats.

J6: Un retour matinal sur Jokulsarlon nous a permis de belles images au soleil levant, hélas pendant un temps assez court, en raison de l’arrivée imprévue d’un front nuageux, qui devait persister toute la journée en dépit des prévisions météo favorables. La visite de la partie de la côte sud à l’est de Jokulsarlon, comprenant les belles lagunes côtières vers Höfn et au-delà, ainsi que plusieurs langues glaciaires, en a un peu souffert. Ces paysages nécessitent un temps plus favorable pour révéler leur potentiel, à son summum avec une lumière du soir à contrejour. Mais nous avons pu (re)découvrir un site de vallée glaciaire exceptionnel, en soirée, qui a fait le ravissement de tous (Où donc ? il faut bien que je garde quelques petits secrets, allez !).

Vallée, sud-est Islande, 6x17 panoramique

Vallée, sud-est Islande, 6×17 panoramique

Ferme près de Höfn, panoramique par assemblage

Ferme près de Höfn, panoramique par assemblage

 

J7: Cette journée était celle – déjà – de l’assez long voyage de retour vers Keflavik. Nous avons eu la chance d’un temps magnifique pour cette dernière journée, qui nous a permis de faire la petite marche vers Svartifoss (la cascade noire), dans le parc national de Skaftafell. L’un des points forts du voyage, que nous avions dû reporter le jour 5. Une lumière idéale pour des photos colorées et contrastées, même si cette cascade supporte aussi fort bien d’être plongée dans l’ombre, pour des points de vue de détail ou des ambiances différentes. La suite du voyage de retour fut un vrai festival de couleurs et de belles lumières sur toute la côte sud, très photogénique avec ses petites fermes surmontées de hautes falaises, ses énormes champs de lave, et toujours au programme quelques petits sites hors des sentiers battus. Notre seul regret fut de ne pas disposer de plus de temps pour des arrêts photo, qui furent toutefois assez nombreux, notre retour tardif à l’hôtel en témoigne !…

 

Sur le chemin du retour

Sur le chemin du retour

Encore une fois tous mes remerciements à Arthur, Marc, Philippe et Laurence, pour l’excellente ambiance sur tout le voyage, et leur motivation sans faille dans des conditions météo parfois adverses, mais productives. Lorsque la passion est commune tout se passe toujours parfaitement. Sans conteste l’un de mes meilleurs stages à ce jour en termes de possibilités photo et de cohésion du groupe. Merci également à Akaoka, mon agence partenaire, pour la qualité des hébergements, toujours très bonne, et la gestion des dernières réservations.

Copyright Patrick Dieudonné Photos et textes. Tous droits réservés. Toutes photos réalisées pendant le stage, à l’exception de la dernière (prise juste après le stage. Aurores boréales actives pendant le stage, mais derrière une couche de nuages nocturnes, hélas.) et de la vallée glaciaire.

 

Aurore boréale sur Jokulsarlon, Islande

Aurore boréale sur Jokulsarlon, Islande

Lien vers les stages 2013:

1. Stage Islande de l’intérieur et de l’Est , Août 2013 (13 j.):
 http://www.patrickdieudonne.com/francais/islande_voyage_photo.html

2. Stage identique à celui-ci, Septembre 2013 (8 j.):
http://www.patrickdieudonne.com/francais/islande_voyage_photo_02.html

3. Tous les stages 2013:
http://www.patrickdieudonne.com/francais/workshops.html

 

 

3 réponses à Stage photo: Islande, du 9 au 16 septembre 2012

  • bour dit :

    Merci à toi Patrick.
    La lecture de ton récit m’a fait revivre ce voyage absolument inoubliable, tant sur le plan humain que photographique, dont je garde un excellent souvenir et qui m’a permis de bien progresser.

  • Philippe dit :

    En lisant ton billet j’ai revu point par point notre voyage photo. Inoubliable!
    L’Islande est un pays magnifique et magique.
    J’espère surtout que ses habitants réussiront à le conserver encore tel quel et aussi sauvage dans le temps. Malheureusement des projets fous comme la construction de l’usine hydroélectrique à l’Est qui alimente aujourd’hui une usine d’aluminium ne vont pas dans ce sens.
    Toujours est-il que le spectacle était au rendez-vous. Je me rappelle encore les « Wouaouh! » qui fusaient à répétition dans la voiture! Chaque instant n’était que surprise et émerveillement.
    L’ambiance aussi bien photographiquement qu’humainement parlant était au rendez-vous. Il est tout à fait vrai qu’en partageant la même passion on ne pouvait que bien s’entendre et ce quelques soient les conditions météorologiques que nous avons eu à affronter. C’est cet aspect qui a aussi contribué au charme de ce voyage. Nous avons pu voir toutes les saisons sur ces quelques jours passés ensemble en commençant par l’hiver. Les photographies n’en ont été que meilleures. Qui plus est, l’apprentissage sur le terrain en condition pas toujours idéales qui nous auraient peut-être rebutées si on avait été seuls était un plus non négligeable.
    Quant à la technique et à la photographie en général, on a toujours à apprendre. Et pour ça aussi tes stages photos sont très sympas car on s’enrichie les uns les autres et tu étais toujours là pour nous éclairer sur un point technique qui nous échappait mais également pour nous raconter une anecdote sympa sur la région que nous traversions.
    Merci encore à vous tous, Arthur, Marc, mon épouse préférée 😉 et à toi Patrick, sans qui ce voyage n’aurait pas pu se faire dans ces conditions.

  • Patrick Dieudonné dit :

    Merci les amis ! Votre témoignage est un nouveau récit et la preuve que l’Islande est un pays fascinant, qu’on se le dise !…

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