Les îles Lofoten (Norvège), voyages photo guidés par Patrick Dieudonné, mars 2019

 

Lofoten, Hamnoy, panoramique HD, 3 images , Nikon D850

Lofoten, Hamnoy, panoramique HD, 3 images , Nikon D850, 1-640e à f8, 14-24/2,8 mm à 23 mm

Un excellent cru que cette année 2019, où j’ai pu réaliser 3 voyages photo Lofoten successifs dans cet espace de rêve pour la photo de paysage. Tous au mois de mars, qui est le mois que je préfère là-bas, car il offre à la fois suffisamment de temps pour photographier de jour et de nuit (à parts à peu près égales aux environs de l’équinoxe de printemps), et des chutes de neige régulières, qui renouvellent à chaque fois les paysages et sont une joie pour le photographe. Quelle plus belle émotion que de découvrir un paysage de bord de mer à l’aspect immaculé, où toute trace de piétinement a disparu ?

De plus nous avons bénéficié d’un temps exceptionnellement stable et ensoleillé, avec des températures négatives constantes, favorable à la photographie certes, mais pas toujours typique, au point que nous nous sommes surpris à désirer parfois une de ces petites tempêtes de neige qui peuvent offrir des images radicalement différentes… ce que nous avons obtenu aussi à certains moments. Certaines années le réchauffement climatique entraîne son lot de surprises pas toujours agréables dans le nord (pluie transitoire et vents forts), cela n’aura pas été le cas en 2019. La couche de neige était épaisse, plus d’1 m par endroits, ce qui arrive souvent en mars, et lui permet de tenir sans problèmes en cas de petit réchauffement. Des conditions proches donc de l’idéal. Un grand nombre de photos ont été réalisées, dont je ne peux montrer ici qu’une petite partie.  

Le principal attrait des Lofoten, ce sont ses fjords enneigés et glacés, vraiment spectaculaires et sauvages, quoique à portée de main, car desservis par de bonnes routes. Cette année, l’intérieur des fjords et des baies était totalement pris en glace, ce qui nous a permis nombre de photos au grand-angle, avec des premiers plans très intéressants. Une bonne gestion de la profondeur de champ s’impose dans ce cas ! 

Lofoten, fjord pris en glace, Nikon D850 et 14-24 mm f2,8

Lofoten, fjord pris en glace, Nikon D850, 1-125e à f13, 14-24 mm f2,8 à 14 mm

Des photos comparables sont possibles sur les côtes plus ouvertes aussi, ici en façade ouest des Lofoten – là encore travailler au grand-angle permet des perspectives originales, et de mettre l’accent sur des avant-plans originaux et typiques, à condition de trouver des fonds eux aussi bien présents, comme c’est le cas sur ce coucher de soleil à l’aspect dramatique. 

Lofoten, soleil couchant. Nikon D850 et 14-24mm 2,8

Lofoten, soleil couchant. Nikon D850 et 14-24mm 2,8

Les plages, nombreuses aux Lofoten, vastes, et lumineuses du fait de leur structure (sables blonds), offrent aussi des possibilités infinies pour le photographe créatif et attentif au jeu de la lumière et des formes … La composition, toujours au grand-angle, s’imposait d’elle-même, avec la diagonale lumineuse sur la rivière sombre, la montagne et le nuage remarquable au loin. La lumière presque métallique, assez typique des Lofoten par temps couvert, contribue aussi à l’atmosphère de l’image.  

Lofoten, Nikon D850 et 14-24 mm à 14 mm, 1-100e, f16

Lofoten, Nikon D850 et 14-24 mm à 14 mm, 1-100e, f16

Une autre plage, une autre perspective … Il est bon d’avoir un grand-angle et de savoir exploiter les possibilités qu’il offre, mais rien ne serait plus stérile que de vouloir utiliser dans tous les cas des focales extrêmes, c’est la vision première du photographe qui permet de déterminer la focale à utiliser, et l’impose. L’objectif n’est qu’un outil et ne doit pas prédéterminer votre vision. Ici j’utilise un 24-70 mm 2,8 à 26 mm. Le premier plan demeure malgré tout très important, car il guide le regard, mais il est équilibré par la percée dans les nuages. 

Lofoten, coucher de soleil dans les nuages, Nikon D850, 24-70 mm 2,8, à 26 mm. 1-640e à f13

Lofoten, coucher de soleil dans les nuages, Nikon D850, 24-70 mm 2,8, à 26 mm. 1-640e à f13

Les possibilités de composition et de qualité de lumière sur les côtes des Lofoten, lorsqu’on a une bonne connaissance de la géographie et du timing convenant à chaque site, sont tout simplement infinies … en voici encore quelques exemples. 

Lofoten, dernières lueurs, Nikon D850, 24-70 mm 2,8 à 24 mm. 30s à f8, 24 mm.

Lofoten, dernières lueurs, Nikon D850, 24-70 mm 2,8 à 24 mm. 30s à f8, 24 mm.

Lofoten, perspective au crépuscule. Nikon D850, 17-35 mm 2,8 à 17 mm. 30s à f8.

Lofoten, perspective au crépuscule. Nikon D850, 17-35 mm 2,8 à 17 mm. 30s à f8.

L’effet de perspective que permet une vue au 17 mm est évidemment frappant mais doit être organisé et construit, il suppose une recherche attentive sur les lieux pour trouver des lignes de fuite, des éléments remarquables susceptibles d’accrocher le regard, à la fois à courte distance et à longue distance. Ici les couleurs chaudes et froides travaillent en complémentarité, et le rocher, en forme de pointe de flèche, dirige immanquablement le regard vers le sommet de la montagne surmonté d’un chapeau de nuages. La pose lente permet de lisser la mer et de faire ressortir d’autant mieux la matière minérale du 1er plan. J’encourage constamment les photographes qui m’accompagnent à rechercher attentivement pour eux-mêmes des structures comparables et à les utiliser dans des compositions efficaces. Un travail soutenu de terrain est aussi effectué sur les poses lentes, et les techniques liées (usage des filtres neutres, etc), car ces techniques expressives concourent à élargir le registre créatif de chacun. 

Flakstadoya. Nikon D850, 17-35 mm 2,8 à 17 mm. 1s à f13.

Flakstadoya. Nikon D850, 17-35 mm 2,8 à 17 mm. 1s à f13.

 


 

Un autre attrait majeur des Lofoten est qu’elles sont vivantes. J’entends par là qu’elles sont avant tout un lieu de vie et de travail, pour des générations qui pêchent la morue à cet endroit depuis près de mille ans, et que cet aspect est reflété dans nombre de lieux, petits ports, villages charmants, et architectures traditionnelles. J’espère vraiment que cela sera préservé dans les années qui viennent, car les îles sont soumises depuis peu à une pression touristique très intense, qui pourrait favoriser des aménagements incongrus ici et là. Ce n’est pas encore le cas, heureusement, car les habitants ont une forte conscience de la valeur patrimoniale de l’existant, ce qui n’est hélas pas partagé en tous lieux.   
C’est toujours un grand plaisir de photographier des scènes de pêche, des séchoirs à poisson, qui sont la richesse du lieu, ou des architectures traditionnelles colorées, dont ce pays a le secret. Et cela peut être fait de jour ou de nuit. Ici nous attendions une aurore boréale qui n’est pas venue, mais le fond de ciel étoilé attire tout de même l’attention. La difficulté est ici de bien gérer le mélange de lumière naturelle et artificielle, mais cela est possible en étant attentif à la prise de vue, et grâce à un bon post-traitement, réalisé dès le lendemain en commun. 

Village traditionnel, Lofoten, photo de nuit. Nikon D850, 14-24 mm, à 18 mm, 13 s à f2,8

Village traditionnel, Lofoten, photo de nuit. Nikon D850, 14-24 mm, à 18 mm, 13 s à f2,8

 

Séchoir à poissons, et aurore boréale, Lofoten. D850, 14-24 mm à 24 mm, 25 s à f4.

Séchoir à poissons, et aurore boréale, Lofoten. D850, 14-24 mm à 24 mm, 25 s à f4.

 

Lofoten, village de pêche, mouettes tridactyles, Nikon D5, 14-24 mm, 1/400e à f7,1.

Lofoten, village de pêche, mouettes tridactyles, Nikon D5, 14-24 mm, 1/400e à f7,1.

Je précise que sur cette dernière photo la disposition des trois oiseaux (mouettes tridactyles) est naturelle, il n’y a aucune retouche ni collage d’objets, comme sur toutes mes images. Cependant cette disposition ne doit rien au hasard, il m’a fallu des centaines de photos pour arriver à ce résultat. En photographie de paysage, je m’impose une éthique exigeante : ne pas substituer de ciels, ne procéder à aucune retouche proprement dite. Les images sont optimisées (je dirais « développées ») au mieux des possibilités de l’imagerie numérique actuelle, avec si nécessaire l’usage de techniques avancées de prise de vue comme la multi-exposition, qui permet d’augmenter la gamme dynamique (bracketing HDR), mais les images restent toujours conformes à la réalité. Coller ici un oiseau de plus pour obtenir l’effet recherché, ce qui serait facile, me semblerait une imposture, une image se fait sur le terrain  …

Toujours dans le même registre des éléments typiques des Lofoten, il est souvent rafraîchissant de varier les formats d’image. Outre le format carré, un autre format qui peut attirer l’attention et, s’il est réalisé en panoramique HD (par assemblage de plusieurs images et non par recadrage), donner aussi de très grands tirages, est le format panoramique. Il est devenu relativement simple d’assembler des images panoramiques avec les nouvelles versions de Lightroom, lorsque la prise de vue est réalisée selon les règles de l’art, et il serait dommage de s’en priver.  

La petite maison rouge de Ramberg, Lofoten. Panoramique HD, 1/100e à f14, D850, 24-70 mm à 52 mm.

La petite maison rouge de Ramberg, Lofoten. Panoramique HD, 1/100e à f14, D850, 24-70 mm à 52 mm.

Les Lofoten sont magnifiques quelles que soient les conditions météo, mais deviennent tout spécialement fascinantes, lorsque les aurores boréales sont de la partie. Le phénomène, si convoité par les photographes, est hélas passablement capricieux, et peut durer des heures ou quelques minutes seulement. Il suppose des ciels dégagés au moins en partie, et une activité solaire conséquente. Les ciels peuvent être limpides, mais si les Kp (indices d’activité aurorales) sont faibles, les résultats seront décevants. Des Kp forts masqués par une couche dense de nuages ne seront pas mieux. 2019 n’a pas été une très bonne année pour les aurores, les Kp étaient faibles la majeure partie du temps où le ciel était libre, mais nous avons réussi à obtenir malgré tout un certain nombre d’images intéressantes.

Lofoten, aurore boréale. Nikon D850, 14-24 mm à 16 mm. 15 s à f 2,8.

Lofoten, aurore boréale. Nikon D850, 14-24 mm à 16 mm. 15 s à f 2,8, iso 1600.

 

Lofoten, aurore boréale. Nikon D850, 14-24 mm à 14 mm. 15 s à f 2,8, iso 1600

Lofoten, aurore boréale. Nikon D850, 14-24 mm à 14 mm. 15 s à f 2,8, iso 1600.

 

Lofoten, aurore boréale et rochers, Nikon D850, 14-24 mm à 18 mm. 30 s à f4, iso 1600.

Lofoten, aurore boréale et rochers, Nikon D850, 14-24 mm à 18 mm. 30 s à f4, iso 1600.

Sur cette dernière photographie, la présence d’un premier plan impose une mise au point à l’hyperfocale, et un diaphragme un peu plus fermé (f4). Mais à 18 mm, à f4, tout peut être net si la distance de mise au point est bien calculée. Sur le terrain, je me sers d’un télémètre laser dont je détaille aussi l’usage, lorsque la mise au point doit être « chirurgicale ».  Des photos « impossibles » deviennent ainsi réalisables, en toute sûreté.   

Je terminerai ce petit article sur cette photo recadrée en format carré (1×1), un format intéressant dans certains cas par l’équilibre qu’il impose, et la concentration des effets. 
Vous pouvez trouver bien  d’autres images des Lofoten en hiver sur la page de description du voyage.

 

Lofoten, Nikon D850, 17-35 mm à 17 mm, 6 s à f 16.

Lofoten, Nikon D850, 17-35 mm à 17 mm, 6 s à f 16.

 

© Patrick Dieudonné Photo 2019, textes et images. Toute reproduction ou citation interdites sans accord préalable de l’auteur. 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

12 réponses à Lofoten en hiver, voyage photo, mars 2019

  • Que cela donne envie d’y retourner !
    Les images sont magnifiques et les détails techniques délicats associés sont de bons conseils pour la réussite des cadrages ! 
    Repartir avec Patrick … un souhait que j’espère réalisable rapidement.

  • Patrick PICHARD dit :

    Ah que de bons souvenirs et de nombreuses photos de ce séjour aux Lofoten avec toi.
    C’était un régal et un festival photographique. Une semaine chargée et épuisante mais à refaire avec plaisir.

    • Oui Patrick, d’excellentes souvenirs pour moi aussi, d’une équipe dynamique et motivée ! Mais comment ne pas l’être face au spectacle que nous offraient ces îles tous les matins … Ravi que les photos réalisées te plaisent spécialement.

  • Isabelle76 dit :

    Superbe !! Voyage que je mets en attente dans un coin de ma tête. Je ne remercierai jamais assez Patrick pour les conseils prodigués, avant, pendant et après un voyage. Ce magnifique article est une belle illustration de son talent et de sa générosité dans les conseils prodigués. Merci Patrick de nous faire rêver et de nous donner quelques clés pour approcher ces rêves.

    • Merci beaucoup Isabelle,
      L’Islande et les Lofoten sont complémentaires, les unes comme les autres ne déçoivent jamais ! Et c’est mon plaisir et mon devoir de vous apporter tout ce qui rendra ces petites expéditions photographiques aussi réussies que possible 🙂

  • Renée Armesto dit :

    Des photos qui percutent, c’est le moins qu’on puisse dire ! Ma-gni-fiques ! En les regardant, je retrouve les merveilleux paysages et lumières que j’ ai vus pendant le voyage avec toi, il y a 4 ans déjà ! On ne savait où donner du clic! J’en ai déjà rapporté de belles choses grâce à tes conseils attentifs mais pas de doute, il va falloir que j’y retourne, c’est tellement riche que chaque voyage doit apporter son lot supplémentaire de découvertes!

    • Merci Renée de ton passage sur ce blog !
      Oui je pense comme toi que cet endroit présente l’une des plus fortes densités de sites photogéniques qui soit, et l’explorer est un plaisir toujours renouvelé, sous des météos changeantes, dans la magie de l’hiver nordique ….

  • Vincent Salzinger dit :

    Merci Patrick pour ce magnifique retour en images sur ce séjour aux Lofoten. Cela aura été un émerveillement quotidiennement renouvelé. Je garde en mémoire certains de tes précieux conseils qui me suivent lors de mes sorties photos. Ce séjour en a appelé d’autres depuis, notamment en Islande, grâce aux techniques développées grâce à toi.
    Les Lofoten sont un merveilleux terrain de chasse, pourvu qu´elles le restent. J’appuie particulièrement ton commentaire sur le fait de ne pas dénaturer les photos, ce qu’on voit malheureusement trop souvent. Au plaisir

    • Merci Vincent, je suis ravi que tu aies autant apprécié ce voyage et les conseils techniques ou esthétiques.
      J’ai appris à photographier avec l’argentique et particulièrement en diapositives (Fuji Velvia), qu’il me fallait ensuite scanner pour des agences ou des articles. J’ai encore en mémoire les couleurs que ce film transmettait, les plus réalistes et les plus belles à la fois. Ce sont ces couleurs et ce rendu qui restent mes références pour l’image numérique.

  • Olivier Deguine dit :

    Magnifiques images pour un stage exceptionnel. Tes photos transmettent admirablement l’ambiance et la beauté des Lofoten. Je n’ai qu’une hâte, repartir et suivre tes recommandations photographiques qui m’ont permis de progresser. J’espère en Ecosse, si les conditions le permettent.
    Amiités
    Olivier

    • Un grand merci Olivier ! J’essaie juste de me rapprocher un peu de ces paysages sublimes ! J’espère aussi que nous pourrons voyager ensemble bientôt, mais pour 2020 cela paraît compromis … vivement des temps meilleurs !

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