Nikon 16-35mm f4 AFS vr

1. Le nouveau venu, Nikon 16-35 AFS VR

Un objectif récent dans la gamme Nikon et qui semble rencontrer un certain succès est le nouveau 16-35 f4 AFS VR Nikon. Globalement c’est un bon objectif, avec un très bon piqué au centre, mais des angles un peu décevants par rapport au 14-24 AFS (voir tests plus bas). Ceux qui attendaient un petit frère du 14-24, avec des performances identiques, une stabilisation et la possibilité d’utiliser des filtres (dont je faisais partie), en ont été un peu déçus. Poids (680 g), encombrement et prix, également, sont tous supérieurs à son équivalent chez Canon, le 17-40 f4 (mais les performances aussi, surtout dans les angles, très faibles sur le Canon – cf photozone.de).

J’ai utilisé ce zoom une saison et j’ai été globalement assez satisfait des résultats sur le D3 et le D700 (je n’ai pas pu le tester sur le D800, c’est pourquoi je ne donne pas d’exemple ici). Mais comparaison faite avec le 17-35 mm AFS 2.8, je n’ai pas jugé bon de le conserver, car il était juste un doublon sans avantages et avec quelques inconvénients (visée plus sombre, distorsion à 16-17 mm). En effet, le 16-35 présente une distorsion en grand-angle vraiment trop exagérée ! Plus de 4,3% de distorsion en barillet à 16 mm, cela relève un peu de l’effet spécial… Il semble que les  ingénieurs de Nikon aient voulu se simplifier un peu la tâche avec cet objectif, comme avec certains autres d’ailleurs dans la gamme grand public. Les lois de l’optique font qu’il est très difficile en effet de produire un objectif à la fois piqué et présentant peu de distorsion. Comptant alors sur une correction logicielle intégrée à tous les développeurs RAW actuels, ou présente dans les boîtiers eux-mêmes (photos jpeg) Les ingénieurs se simplifient bien la tâche en laissant « filer » la distorsion vers des valeurs improbables… Tout cela au bénéfice d’une définition, d’un piqué supérieur, faciles à visualiser, qui transparaissent aisément dans les tests et séduisent la clientèle…

Mais il faut savoir que les corrections de distorsion logicielles font diminuer ce fameux piqué dans des proportions assez importantes, et plus grave encore, réduisent aussi le champ cadré. Une fois corrigé, votre extrême grand angle de 16 mm devient tout simplement un 18 mm ou plus encore…où est donc le bénéfice de l’opération ? … Ken Rockwell, sur son site (www.kenrockwell.com), définit la distorsion produite par cet objectif comme tout simplement  « atroce » (heinous). Pour une fois je suis totalement de son avis !

Je suis en effet habitué à utiliser d’autres optiques grand-angle en moyen format (45 mm Pentax 6×7 et 43 mm Mamiya 7 – équivalents 20-21 mm en 24×36), et ces optiques se distinguent par une distorsion très faible, qui rend immédiatement visible (et insupportable) la distorsion vraiment très marquée du 16-35.

Un autre grand défaut de cette focale sur mes tests de terrain est sa faiblesse vers 28-35 mm, où la netteté toujours très bonne par ailleurs au centre devient juste correcte. La différence, sur le D3 et le D700, entre le 16-35 et le 17-35 était clairement visible. Ce qui fait qu’à mon avis cette optique, assez pratique par ailleurs, ne joue pas vraiment dans la cour des grands (les optiques pro Nikon ouvrant à 2,8), contrairement à ce que pouvait laisser  croire son prix de lancement (environ 1300 €), bien trop élevé, et maintenant plus en accord avec ses caractéristiques (environ 1000 €).

Un test de cet objectif est disponible sur photozone.de  ou dpreview (en anglais)

 

2. Le 14-24 AFS, performances de pointe mais peu pratique sur le terrain…

La comparaison avec le 14-24 AFS aux mêmes focales est édifiante, le 14-24 se distinguant de suite en « blind test ». Il suffit de regarder les angles, parfaits sur ce dernier objectif à toutes les focales et à tous les diaphragmes, et par comparaison en net retrait sur le 16-35 AFS (on dit que les angles « filent » un peu, et c’est une caractéristique des grands angles souvent très visible sur des doubles pages magazine ou sur des agrandissements d’exposition). Cette homogénéité angles/ centre est ce qu’il faut rechercher en priorité en courte focale, avec bien sûr une distorsion modérée (disons dans les 2 % – 2,5 % en barillet), et une aberration chromatique (franges colorées) aussi contenue que possible (proche de 1 ou 1,2 pixels sur un capteur 24 Mpix (D3 x))

A mon avis les excellentes performances du 14-24 dans les angles viennent de sa conception physique, en l’occurrence de son élément frontal bombé. Mais c’est aussi là que le bât blesse car cette forme empêche l’emploi de filtres classiques, très importants en photo de paysage.

14-24 mm nikon AFSLa lentille avant du 14-24 mm nikon AFS, et son pare-soleil fixe
La lentille avant du 14-24 mm nikon AFS, et son pare-soleil fixe

C’est bien regrettable, car du point de vue optique le 14-24 est peut-être le meilleur grand angle jamais construit (ce que confirment mes tests), et cela sur toute la plage de focales. Chapeau bas Nikon (il écrase le 14 mm 2.8 fixe, et reste nettement supérieur aux anciens 18 et 20 mm de la marque, de conception plus ancienne)… Il présente une très bonne netteté sur tout le champ, une distorsion bien contenue (sauf à 14 mm), et une aberration chromatique très réduite pour un tel grand-angle. Ces qualités sont universellement reconnues, au point que certains canonistes n’hésitent pas à l’adapter sur leurs boîtiers (les 16-35 2.8 et 17-40 f4 n’étant pas, c’est assez clair,  les fleurons de la gamme Canon).  En résumé le 14-24 est un objectif optiquement excellent, mais il est hélas d’un usage difficile sur le terrain pour un photographe de paysage, de par son encombrement et son poids, et aussi hélas de par sa tendance au flare, sa lentille bombée captant nombre de lumières parasites.

Un très bon test (en anglais) sur photozone.de met en évidence les avantages et inconvénients de ce zoom pour le photographe de paysages. En architecture, et particulièrement en intérieurs, ce zoom est par contre presque indispensable, et permet des prises de vue superbes à 14 mm. J’utilise le 14-24 en intérieur, et sur certaines photos en extérieur ne nécessitant pas de filtres, ou demandant un angle extrême. Sur pied, en protégeant bien la lentille, et en utilisant la technique du bracketting sur plusieurs vues pour compenser l’absence de filtres, le 14-24 mm reste très utilisable en extérieur. Mais il demande plus de post-traitement, chose que je préfère éviter lorsque je reviens avec beaucoup d’images…

Il faut cependant signaler qu’il existe un système de filtres Lee Filters de 150 mm, spécialement conçus pour cet objectif – d’un prix malheureusement plutôt indécent – et fort encombrants eux aussi. Pratiquement, j’utilise peu ces filtres sur le terrain en situation classique car cela m’oblige à transporter deux ensembles de filtres différents. Avec ces filtres, il faut être doublement attentif à toute possibilité de flare, le filtre de 150 mm ayant une fâcheuse tendance à se transformer en miroir reflétant la lumière, y compris celle que vous avez dans le dos…Voici à quoi ressemble le 14-24 avec ces filtres:

 

14-24 mm AFS nikon avec monture dédiée Lee Filters
14-24 mm AFS nikon avec monture dédiée Lee Filters

 

Comparaison taille 14-24 Nikon et filtre - Zeiss 18 mm
Comparaison taille 14-24 Nikon et filtre – Zeiss 18 mm
14-24 Nikon et filtre - 17-35 Nikon et filtre (100 mm)
14-24 Nikon et filtre – 17-35 Nikon et filtre (100 mm)

Comme vous pouvez le voir il s’agit d’un assemblage pas vraiment discret, et pas vraiment facile à glisser dans le sac ou le fourre-tout. Ce qui en limite l’usage sur le terrain dans des conditions où l’encombrement et le portage sont des paramètres limitants (la majorité des cas en ce qui me concerne)..

3. Test de performances: Zeiss 18 mm Distagon f3.5 contre Nikon 14-24 mm AFS 2.8 à 18 mm

Ce test reprend le même site, assez discriminant,  que le test précédent Zeiss 18 mm contre 17-35 Nikon AFS, avec les mêmes caractéristiques de prise de vue contrôlée.

Voici les 2 images de test:

nikon 14-24 AFS à f11, image complète

nikon 14-24 AFS à f11, image complète

Zeiss 18mm f11 image complète

Zeiss 18mm f11 image complète

Les deux images sont proches du point de vue du rendu général, on constate que l’image cadrée par le Zeiss est moins large que celle du Nikon réglé précisément à 18 mm. (je penche pour une focale réelle de 19 mm pour le Zeiss). J’ai cette fois corrigé sur le RAW une différence d’exposition de – 1/2 diaph sur le Nikon, qui pose plus sombre aux mêmes vitesses que le Zeiss (250e / f11 / 200 Iso)

Détail au centre, crop à 100 % jpeg qualité 11, D800E:

nikon 14-24 AFS au centre

nikon 14-24 AFS au centre

zeiss 18mm au centre

zeiss 18mm au centre

Là encore les objectifs sont très proches, et très difficiles à distinguer optiquement. On peut parler d’ex aequo sur cette série au centre.

 

Clocheton, centre haut de l’image:

nikon 14-24 AFS clocher

nikon 14-24 AFS clocher

zeiss 18mm clocher

zeiss 18mm clocher

Des performances là aussi très voisines, avec peut-être un très léger avantage pour le Zeiss. Dans les 2 cas le piqué est très bon, et les aberrations chromatiques quasi absentes. Les 2 objectifs ne perdent guère en netteté sur cette zone assez distante du centre. Ils marquent leur différence sur ce point avec le 17-35 AFS, qui n’était déjà plus aussi bon ici.

 

Zone latérale gauche, 100%:

nikon 14-24 AFS gauche

nikon 14-24 AFS gauche

zeiss 18mm à gauche

zeiss 18mm à gauche

Les deux objectifs sont là encore assez difficiles à départager, mais le texte sur la voiture semble un peu plus défini sur le Zeiss, les détails dans les ombres ressortent un peu mieux, ce qui peut être du à l’exposition un peu plus claire sur le Zeiss à l’origine, ou alors au fameux « rendu » (microcontraste et qualité des couleurs ) que les tenants de la marque allemande (les objectifs sont fabriqués au Japon toutefois, il faut le signaler) s’accordent à voir dans ces objectifs. J’attends des tests de terrain plus détaillés avant d’abonder dans ce sens, car les images délivrées par le Nikon et par le Zeiss ne présentent pas de différences frappantes à taille normale de visualisation.

 

Coin droit extrême, 100 %:

nikon 14-24 AFS coin droit (f11)

nikon 14-24 AFS coin droit (f11)

zeiss 18mm coin droit

zeiss 18mm coin droit

Ce test se veut très « méchant » et discriminant, et il l’est effectivement dans la comparaison Zeiss 18 mm/ Nikon 17-35. Ici, encore une fois, il montre plutôt la très bonne qualité des deux objectifs. Je dirais que le Zeiss est un peu plus défini à gauche de l’image (donc dans la zone qui n’est pas en bord extrême), et que le 14-24 l’emporte dans les angles extrêmes (la différence de piqué entre la gauche et la droite de l’image est perceptible sur le Zeiss, moins sur le Nikon). On constate aussi une aberration chromatique très bien maîtrisée de part et d’autre, meilleure dans les angles pour le 14-24 (l’aberration augmente typiquement vers les bords). Sa construction optique (grosse lentille avant bombée) fait ici la différence, comme avec tous les autres grand angles. L’image du Zeiss « file » un peu tout au bord, on peut dire que le bilan est ici en faveur du 14-24, plus homogène sur tout le champ, mais que le Zeiss se comporte néanmoins très bien dans les angles.

 

Porte, zone latérale droite:

nikon 14-24 AFS Porte

nikon 14-24 AFS Porte

zeiss 18mm porte

zeiss 18mm porte

Il est difficile de juger… peut-être un très petit avantage au Zeiss 18 mm sur ce détail. Sans que le piqué soit supérieur, on peut avoir à nouveau cette sensation d’un microcontraste un peu plus marqué à certains endroits, dont je parlais plus haut. Attention toutefois, les conditions de luminosité en test de terrain peuvent influer légèrement sur ce type d’impression, qui reste à confirmer sur d’autres tests.

Conclusion du test: Zeiss 18 mm vs Nikon 14-24 à 18 mm

Certaines conclusions avaient déjà été esquissées dans les articles précédents de cette série sur les grands angles et dans cet article lui-même. Le Zeiss et le 14-24 mm Nikon AFS, une référence dans le domaine des courtes focales, délivrent des résultats très proches (attention, nous utilisons ici un capteur très discriminant, celui du D800E, sans filtre passe-bas). Au centre, les objectifs sont d’un piqué équivalent, c’est à dire très bon/ excellent (le 17-35 était vraiment excellent, mais juste au centre). Dans les angles moyens, ils restent tous deux très bons (avec un très léger avantage au Zeiss), tandis que dans les angles extrêmes (coins d’image) le 14-24 Nikon l’emporte, en conservant une homogénéité presque parfaite. Dans les deux cas, à f11, le vignettage est négligeable, et les deux objectifs délivrent des images très proches en colorimétrie, avec peut-être un avantage Zeiss du côté du rendu et du microcontraste (à confirmer). Globalement, les images seraient sans doute très difficiles à différencier sur des tirages de 50 x 75 cm.

 

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2 réponses à 3. D800 et courtes focales – 16-35 mm AFS et test: Zeiss 18 mm contre Nikon 14-24 AFS

  • Franck dit :

    J’ai acheté et testé le 16-35 sur D800 c’est du tout bon au niveau Piqué et correction des aberrations, seul la distorsion est importante (trop…). À conseiller en évitant la plus courte focale…

  • Sur mon exemplaire j’avais aussi une faiblesse vers 35 mm perceptible sur D700 et D3… différence de qualité entre objectifs ou caractéristique générale ? difficile à dire. Mais une distorsion pareille en grand angle ne me paraît pas acceptable visuellement, et s’il faut monter à plus de 18 mm pour l’éviter, cet objectif perd quand même un peu de son intérêt, du moins en plein format. Pour le reste ça demeure quand même un bon objectif…

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